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Environnement et milieu de travail
– Consommation de caféine et grossesse : fausses-couches et autres issues indésirables de la grossesse

Contexte

La caféine est naturellement présente dans différents types de feuilles, de graines et de fruits (Organization of Teratology Information Specialists, 2006). On la trouve souvent dans des aliments tels que le café, le thé et certains chocolats plus foncés qui contiennent du cacao mais, au cours des dernières années, on a commencé à l'ajouter à des articles incluant les boissons gazeuses et certains médicaments en vente libre comme Excedrin (Browne, 2006; Organization of Teratology Information Specialists, 2006; Grosso et Bracken, 2005).

La consommation de produits caféinés, particulièrement le café, est très courante partout dans le monde. En fait, certains la considèrent comme une habitude inoffensive, même s'il a été démontré que la caféine a des effets marqués sur différents organes (Bech et al., 2005). Cette soi-disant « habitude » peut être difficile à changer, même durant la grossesse. Les recherches indiquent que jusqu'à 75 % des femmes enceintes disent avoir consommé une forme quelconque de caféine durant le premier mois ou même le premier trimestre de leur grossesse (Lawson et al., 2004; Bracken et al., 2003).

De nombreuses études sur la consommation de caféine durant la grossesse ont été réalisées jusqu'ici afin de déterminer les effets nuisibles que la caféine pourrait avoir sur l'issue de la grossesse. Malgré l'incertitude entourant la quantité requise de caféine pour produire ces effets, certaines issues indésirables ont été liées à la consommation de caféine à différentes doses durant la grossesse, notamment un risque accru d'avortement spontané et de mortinaissance, un poids plus faible à la naissance, un développement moins avancé pour l'âge gestationnel, la prématurité et un rythme cardiaque plus élevé du fœtus (Eskenazi et al., 1999). D'autres recherches montrent que la caféine traverse facilement le placenta et que beaucoup des effets stimulants fréquemment observés chez les adultes le sont aussi chez les nouveau-nés. En effet, les bébés dont les mères ont consommé des niveaux plus élevés de caféine durant leur grossesse courent un plus grand risque d'avoir un rythme cardiaque et respiratoire plus rapide, d'être saisis de tremblements et de passer moins de temps à dormir dans les jours suivant l'accouchement (Organization of Teratology Information Specialists, 2006; Hey, 2007).

Risque pour la santé

Des preuves indiquent que l'organisme métabolise assez rapidement la caféine mais que le taux de métabolisation diminue substantiellement durant la grossesse. Ainsi, un des facteurs clés liés à la quantité de caféine à laquelle un fœtus est exposé durant la grossesse est la vitesse à laquelle la femme enceinte métabolise la quantité de caféine qu'elle consomme, le cas échéant (Grosso et Bracken, 2005). La principale enzyme responsable du métabolisme de la caféine est le cytochrome P450 1A2 (CYP1A2). Or, les gènes responsables de cette enzyme sont susceptibles de présenter des polymorphismes génétiques – particulièrement dans les populations de race blanche – ce qui explique sans doute la grande variation interindividuelle dans le degré d'activité de l'enzyme CYP1A2 disponible pour métaboliser la caféine de même que les différents taux de risque (Grosso et Bracken, 2005).

Comme la consommation de caféine est considérée comme un facteur lié au style de vie, on croit que la quantité de produits caféinés consommés et de caféine qu'ils contiennent est influencée par la culture. Par exemple, dans les pays scandinaves tels que la Suède, les gens consomment beaucoup de café et ils aiment le café fort (Cnattinguis et al., 2000). Inversement, les personnes d'origine asiatique ne consomment pas de produits à teneur élevée en caféine, mais elles boivent beaucoup de thé, ce qui pourrait accroître le risque d'effets indésirables durant la grossesse (Bracken et al., 2003).

Par ailleurs, les femmes moins scolarisées et les femmes plus jeunes sont plus susceptibles de consommer de grandes quantités de produits caféinés durant leur grossesse, ce qui pourrait augmenter encore plus leur risque d'issues indésirables. En effet, les femmes qui n'ont pas terminé leurs études secondaires semblent courir le risque le plus élevé, leurs bébés ayant le plus grand risque (rapport de cotes [RC] de 2,01 avec un intervalle de confiance [IC] de 95 % variant entre 1,25 à 3,21) de retard de croissance intra-utérine en conséquence de la consommation de caféine durant la grossesse (Bracken et al., 2003; Eskenazi et al., 1999).

En termes d'avortement spontané et de mortinaissance, la recherche a démontré une association entre la consommation de 300 mg de caféine ou plus par jour et un risque accru d'avortement spontané durant la grossesse (Cnattinguis et al., 2000; Fenster et al., 1997; Wen et al., 1997). D'après un article de Bech et al., les femmes qui consomment 4 tasses de café ou plus par jour durant leur grossesse risquent davantage (RC de 2,27 avec un IC de 95 % variant entre 1,21 et 4,28) d'accoucher d'un enfant mort-né que les femmes qui ne consomment pas de produits caféinés durant leur grossesse (Bech et al., 2005).

Dans les cas où une femme enceinte consomme 300 mg de caféine ou plus par jour durant les premiers mois de sa grossesse, le rapport de cotes pour un retard de croissance intra-utérine et un faible poids à la naissance monte à 2,74 (avec un IC de 95 % variant entre 1,52 et 4,95) et 2,55 (avec un IC de 95 % variant entre 1,14 et 5,70) respectivement par rapport au RC des femmes enceintes qui ne consomment pas de caféine (Bracken et al., 2003). Les résultats de cette étude concordaient avec les conclusions atteintes par Eskenazi et al. en 1999, selon lesquelles les bébés dont les mères ont consommé de la caféine durant leur grossesse étaient plus petits pour l'âge gestationnel que les bébés dont les mères avaient consommé du café décaféiné ou pas de café du tout durant la grossesse.

Enfin, différents articles de recherche suggèrent qu'une femme qui consomme en moyenne 300 mg de caféine par jour court près de deux fois plus de risques (RC de 2,03 avec un IC de 95 % variant entre 1,03 et 4,01) que les femmes qui n'en consomment pas du tout ou qui consomment 149 mg ou moins (RC de 1,24 avec un IC de 95 % variant entre 0,87 et 1,78) de caféine par jour durant le premier trimestre de leur grossesse (Bracken et al., 2003).

Dans l'ensemble, selon les études consultées, il semble que la consommation de plus de 2 ou 3 tasses de café ou 300 mg de caféine peut avoir différents effets indésirables tout au long de la grossesse, dont un risque accru d'avortement spontané, de mortinaissance, de poids réduit à la naissance, de développement tardif pour l'âge gestationnel et de prématurité.

Gestion des risques

Comme la consommation de produits caféinés est un choix de vie personnel, les mesures que les gouvernements et les organismes gouvernementaux peuvent prendre sont très limitées. Les gouvernements peuvent quand même aider les femmes enceintes à faire de meilleurs choix concernant leur consommation de caféine, et ce, de deux façons. Ils peuvent, premièrement, imposer une taxe santé sur les aliments contenant de la caféine et, deuxièmement, mettre en œuvre un programme d'étiquetage obligeant les fabricants à divulguer la teneur en caféine de leurs produits.

Par ailleurs, comme la consommation de caféine est essentiellement un choix de vie personnel et tributaire de la société, l'intervention communautaire serait une des stratégies d'atténuation les plus efficaces. Le mieux serait que les amis, les familles et les collègues des femmes enceintes forment un réseau de soutien qui encourage celles-ci à réduire leur consommation de caféine au travail et à la maison. Par exemple, les employeurs pourraient offrir des produits sans caféine meilleurs pour la santé dans leurs coins-repas et lors des réunions d'affaires, tandis que parents et amis pourraient proposer des alternatives au café.

L'aspect le plus important pourrait être la communication des risques – pour changer leurs habitudes et leurs choix de vie, les personnes doivent d'abord connaître les risques. On espère qu'en fournissant aux femmes enceintes et qui prévoient le devenir des renseignements pertinents sur les risques associés à la consommation de caféine durant la grossesse, on amènera celles-ci à faire de meilleurs choix tout au long de leur grossesse. La communication des risques doit être axée sur les femmes moins scolarisées, dont les études ont démontré qu'elles couraient un risque plus élevé. Or, de nombreuses femmes enceintes ont déclaré que ce n'était pas sur l'avis de leur médecin qu'elles avaient choisi de réduire leur consommation de caféine durant la grossesse. Aider les professionnels de la santé, particulièrement les médecins, à mieux communiquer les risques pourrait être une façon de sensibiliser les femmes à l'importance de réduire leur consommation de caféine durant la grossesse (Lawson et al., 2004).

Des stratégies de gestion des risques suggérées, il semblerait qu'une meilleure éducation et une meilleure communication des risques soient les moyens les plus pratiques de réduire les effets indésirables que la consommation de caféine pourrait avoir sur les issues de la grossesse. La principale raison d'adopter cette approche est que la consommation de caféine est un choix de vie. En améliorant l'éducation et la communication des risques aux femmes enceintes, nous encouragerons celles-ci à réduire leur consommation de caféine durant la grossesse.

Dans une mise à jour diffusée le 19 mars 2010, Santé Canada déclarait ceci :
« La recherche révèle qu'un excès de caféine chez les femmes enceintes et celles qui allaitent peut nuire au bébé. Les femmes enceintes qui consomment trop de caféine courent plus de risques de faire une fausse couche ou de donner naissance à un bébé de poids inférieur. Les femmes enceintes, qui prévoient le devenir et celles qui allaitent ne doivent pas consommer plus de 300 mg de caféine par jour. Cette quantité équivaut à un peu plus de deux tasses de 8 onces (237 ml) de café. » Ce conseil de Santé Canada est conforme aux conclusions des études publiées.

 

Liens utiles

Health Canada. Information Update. 2010.  Health Canada Reminds Canadians to Manage Caffeine Consumption. March 19.
http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/media/advisories-avis/_2010/2010_40-eng.php

Organization of Teratology Information Specialists. (2006,December). Caffeine and Pregnancy. 
http://www.otispregnancy.org/pdf/caffeine.pdf .

Public Health Agency of Canada. 2012. Healthy Pregnancy:  Caffeine and Pregnancy
http://www.phac-aspc.gc.ca/hp-gs/know-savoir/caffeine-eng.php

 

Lectures complémentaires

Bech, B., et al. (2005). Coffee and fetal death: A cohort study with prospective data. American Journal of Epidemiology, 162(10), 983-990.

Bracken, M., et al. (2003). Association of maternal caffeine consumption with decrements in fetal growth. American Journal of Epidemiology, 157(5), 456-466.

Browne. (2006). Maternal exposure to caffeine and risk of congenital anomalies. Epidemiology , 324-331.

Browne, M. (2006). Maternal exposure to caffeine and risk of congenital anomalies. Epidemiology, 17(3), 324-331.

Cnattinguis, S., et al. (2000). Caffeine intake and the risk of first trimester spontaneous abortion. New England Journal of Medicine , 1839-1845.

Eskenazi, B., et al. (1999). Associations between maternal decaffeinated and caffeinated coffee consumption and fetal growth and gestational duration. Epidemiology, 10 , 242-249.

Fenster, L., et al. (1997). Caffeine beverages, decaffeinated coffee, and spontaneous abortion. Epidemiology, 8 , 515-523.

Grosso, L. and Bracken, M. (2005). Caffeine metabolism, genetics, and perinatal outcomes: A review of exposure assessment considerations during pregnancy. Annals Epidemiology , 460-466.

Hatch, E. and Bracken, M. (1993). Association of delayed conception with caffeine consumption . American Journal of Epidemiology, 138(12) , 1083-1091.

Hey, E. (2007). Coffee and pregnancy. BMJ, 334 , 377.

Kapidaki, M., et al. (1995). Coffee Intake and Other factors in Relation to Multiple Deliveries: A Study in Greece. Epidemiology, 6(3) , 294-298.

Klefanoff, M., et al. (1999). Maternal serum paraxanthine, a caffeine metabolite, and the risk of spontaneous abortion. New England Journal of Medicine, 341 , 1639-1644.

Lawson, C. et al. (2004). Changes in caffeine consumption as a signal of pregnancy. Reproductive Toxicology, 18 , 625-633.

Lawson, C.C. (2004). Regarding "caffeine metabolism, genetics and perinatal outcomes: A review of exposure assessment considerations during pregnancy. Reproductive Toxicolog , n.d.

Morales-Suarez-Varela, M.,et al. (2007). Coffee and smoking as risk factors of twin pregnancies: Danish national birth cohort. Twin Research and Human Genetics, 10(4 , 597-603.

Tolstrup, J.S., et al. (2003). Does caffeine and alcohol intake before pregnancy predict the occurrence of spontaneous abortion? Human Reproduction, 18(12 , 2704-2710.

Wen, W., et al. (1997). The associations of maternal caffeine consumption and risk of spontaneous abortion. Epidemiology, 8 , 509-514.

 

Collaborateurs :  Stacy Jackson

Dernière mise à jour :  le 11 juillet 2012

 

 


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