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Enjeux biologiques et génétiques
- Le virus de la grippe

Contexte

La grippe ou influenza est une infection très répandue bien connue de la plupart des gens. Elle est causée par un virus à l'ARN de la famille Orthomyxoviridae. L'exposition initiale au virus grippal est suivie d'une période d'incubation durant laquelle l'organisme hôte est infectieux mais ne présente pas encore de symptômes. Durant cette période, les patients infectés sont considérés comme contagieux, qu'ils aient des symptômes ou non. La grippe est surtout propagée par contact physique direct (mais pas par la toux). Se laver les mains et éviter les contacts physiques sont deux importantes stratégies de prévention. Les symptômes aigus d'infection grippale sont surtout respiratoires et comprennent ce qui suit :

  • forte fièvre;
  • malaise sévère;
  • toux sèche;
  • mal de gorge.

Dans les cas graves, la grippe peut nécessiter une hospitalisation, causer une pneumonie, endommager les principaux organes et même entraîner la mort. Il est à noter que la « grippe intestinale » ou « grippe de 24 heures » n'est pas causée par le virus grippal; il s'agit d'un type de gastroentérite causée par un virus différent.

Il y a trois grands types de virus grippaux : A, B et C. Le type A est le virus le plus courant chez les humains et la forme la plus grave de la maladie. Deux des virus grippaux infectent non seulement les humains mais aussi les animaux. Le type A affecte surtout les oiseaux, tandis que le type C infecte les porcs. Contrairement à la plupart des virus, le virus grippal est génétiquement instable et le système immunitaire humain est donc incapable de prévenir les futures infections. Dans la plupart des cas, les humains développent une immunité aux virus qui les ont infectés. Cependant, comme l'instabilité génétique du virus grippal entraîne des changements structuraux (appelés glissements antigéniques), l'immunité acquise perd graduellement son efficacité et la personne peut être infectée de nouveau. Des glissements antigéniques mineurs se produisent chaque année. Un glissement antigénique important peut aussi se produire sur une plus longue période, habituellement lorsque le virus se réplique dans l'animal hôte. Si ce sérotype du virus infecte les humains, une épidémie ou pandémie peut se propager en l'absence d'immunité résiduelle au nouveau virus. C'est ce qui a donné lieu aux récentes préoccupations concernant la grippe aviaire.
La grippe de type A est la plus préoccupante pour la santé humaine. À la surface du virus se trouvent deux protéines importantes : l'hémagglutine (H) et la neuraminidase (N). Ces protéines de surface sont affectées par la variation génétique. Elles sont essentielles à la capacité du virus d'envahir les cellules humaines puis de se répliquer pour produire de nouveaux virus. On utilise leur composition génétique pour identifier les sous-types de virus (c.-à-d. le H5N1 ou la grippe aviaire).

Exposition au virus grippal

La grippe a tendance à provoquer des épidémies annuelles. Il arrive parfois que l'épidémie couvre un territoire assez vaste et infecte suffisamment de gens pour être qualifiée de pandémie. Les variétés saisonnière et pandémique de grippe menacent la santé humaine. La grippe saisonnière sévit chaque année, entre décembre et février dans l'hémisphère nord. Elle dure un peu plus longtemps au Canada, soit de novembre à avril, en raison de notre hiver plus rigoureux. Il est difficile de déterminer l'ampleur de la grippe avec exactitude. Beaucoup de personnes atteintes de grippe ne consultent pas leur médecin. À moins de faire faire un test en laboratoire, le médecin ne peut pas être sûr qu'un patient a la grippe; il est généralement inutile de faire faire un test en laboratoire, car les résultats n'influencent pas le traitement. En 2007-2008 à Ottawa, les tests en laboratoire ont confirmé seulement 244 cas de grippe sur une population d'environ 800 000 personnes. Ce chiffre sous-estime probablement l'étendue réelle de la grippe. Selon les meilleures estimations, entre 1 % et 10 % des Canadiens non immunisés sont frappés par la grippe chaque année. Nous avons de meilleures informations sur les décès attribuables à la grippe. La grippe et ses complications tuent entre 4 000 et 8 000 personnes au Canada chaque année. Aux États-Unis, la grippe est responsable d'au moins 200 000 hospitalisations et 30 000 décès par année. Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), la grippe causerait entre 300 000 et 500 000 décès à l'échelle du globe. Les pandémies de grippe sont beaucoup plus catastrophiques. En 1918-1919, la pandémie de grippe espagnole a emporté entre 20 et 100 millions de personnes à travers le monde. Les décès attribuables à la grippe sont plus courants chez les personnes âgées et les personnes en mauvaise santé.
Risques pour la santé humaine

La grippe peut causer différents symptômes selon la souche et la gravité du virus. Les symptômes dans tous les groupes d'âges comprennent ce qui suit :

  • maux de tête;
  • refroidissement et toux;
  • fièvre;
  • perte d'appétit;
  • douleurs musculaires et fatigue;
  • nez qui coule;
  • éternuements;
  • yeux larmoyants;
  • maux de gorge.

Certains patients, particulièrement les jeunes enfants, peuvent aussi souffrir de nausées, de vomissements et de diarrhée. Cependant, le virus ne cause pas de symptômes chez toutes les personnes infectées. Des rapports indiquent qu'au plus 50 % des personnes infectées présentent des symptômes, que 30 % affichent seulement des symptômes respiratoires (sans fièvre) et que 20 % sont sans symptômes. Il est à noter que la symptomatologie et l'impact changent avec le virus chaque année. Il est impossible de déterminer le type de virus qui cause une infection; le sérotype doit être confirmé par des tests en laboratoire incluant un test de détection des anticorps ou une identification génétique. En général, comme la grippe disparaît d'elle-même chez la plupart des gens, un traitement symptomatique est suffisant et la confirmation en laboratoire remplit une simple fonction de surveillance.

La grippe saisonnière est grave, car elle peut mener à une hospitalisation, à une infection des voies respiratoires et à d'autres complications allant même jusqu'à la mort. La complication la plus courante est la pneumonie. Il existe un léger risque de complications rénales, un risque plus faible de complications cardiaques et un risque encore plus faible de complications neurologiques. La grippe n'est généralement pas fatale, car la plupart des gens se rétablissent en dix jours ou moins. Le traitement habituel consiste à boire beaucoup de liquides, à prendre de l'acétaminophène pour contrôler la fièvre, à rester au lit et à demeurer chez soi pour éviter de propager le virus. Les groupes à risque élevé de mourir de la grippe comprennent les personnes âgées, les jeunes enfants et les gens qui souffrent de maladies chroniques préexistantes telles que l'asthme, le diabète et le cancer. Chez les femmes enceintes, la grippe est associée à un risque accru de 2,4 de déficience congénitale.

Gestion des risques

La principale stratégie de prévention (pour la grippe saisonnière et la grippe pandémique) est l'immunisation. Étant donné le temps requis pour préparer un vaccin de masse, les sociétés pharmaceutiques doivent prédire la composition antigénique du virus environ un an à l'avance. L'efficacité du vaccin dépend donc de l'exactitude de la prédiction. Lorsque les bonnes variétés d'antigènes sont incluses dans le vaccin, c'est un outil très efficace de prévention de la grippe. Le vaccin n'est toutefois pas sans risque pour la santé. Ses effets nocifs les plus courants sont mineurs et temporaires, comme une douleur près du site d'injection ou une fièvre très légère. Les personnes vaccinées peuvent contrôler ces symptômes en prenant de l'acétaminophène. Dans de rares cas, le vaccin peut avoir des effets plus graves nécessitant une attention médicale immédiate, y compris ce qui suit :

  • forte fièvre;
  • anaphylaxie;
  • encéphalopathie associée à la grippe;
  • syndrome de Reye;
  • myélite;
  • réactions autoimmunes aux ingrédients du vaccin;
  • effets neurologiques défavorables comme le syndrome de Guillain Barré.

Les personnes exposées au virus grippal peuvent être traitées avec des agents antiviraux comme l'oseltamivir (nom commercial : Tamiflu). Ces agents réduisent les symptômes et complications de la grippe. Il n'est toutefois pas recommandé d'en faire une utilisation systématique puisqu'ils pourraient avoir des effets secondaires graves et que l'infection se résorbe habituellement d'elle-même. Le traitement antiviral a des effets secondaires chez 10 % des patients. Ces effets peuvent comprendre des nausées, des tremblements, de la confusion, des hallucinations et des effets de sevrage. La probabilité des effets secondaires augmente avec l'âge.

Le gouvernement du Canada a mis en œuvre plusieurs stratégies pour réduire le risque posé par le virus grippal. Ces stratégies comprennent :
des programmes annuels de vaccination;

des campagnes d'information sur la santé publique (principalement axées sur les avantages de la vaccination et l'importance de se laver les mains)
une surveillance active du virus.

La surveillance des virus grippaux se fait aux niveaux national et international et est coordonnée par l'OMS. Au Canada, les effets nocifs des vaccins font l'objet d'une surveillance volontaire par le Système canadien de surveillance des effets secondaires suivant l'immunisation (SCSESSI) et d'une surveillance active dans le cadre du Programme canadien de surveillance active de l’immunisation (IMPACT). L'OMS participe également aux efforts visant à assurer la sécurité des vaccins, mais elle s'emploie surtout à élaborer des lignes directrices et à habiliter les nations à s'autoréglementer au lieu de contrôler le répertoire mondial des immunisations. Les futurs efforts de gestion devraient inclure des campagnes mondiales d'information sur les risques associés à la grippe et à son traitement, des mesures visant à renforcer la surveillance internationale des effets nocifs des vaccins et des médicaments et l'élaboration d'autres stratégies de traitement.

La grippe a de graves conséquences sanitaires et économiques dans le monde entier. Les épidémies de grippe saisonnière coûtent chaque année à l'économie américaine environ 10 à 12 milliards de dollars US en termes de productivité et de coûts médicaux directs. À l'échelle mondiale, le coût est beaucoup plus élevé. Les épidémies de grippe saisonnière sont également responsables de jusqu'à 500 000 décès par année. Le potentiel de pandémie d'un nouveau type de grippe (dont le glissement antigénique préviendrait le développement d'une immunité suffisante) fait naître le spectre d'une catastrophe sanitaire beaucoup plus étendue. En avril 2009, la pandémie de grippe H1N1, une nouvelle souche de virus affectant les jeunes et les personnes en bonne santé, a été confirmée au Canada. Au 28 janvier 2010, le virus grippal H1N1 avait causé 426 décès et plus de 10 000 cas avaient été confirmés (juillet 2009). La grippe espagnole de 1918-1919 a emporté jusqu'à 50 millions de personnes. Il est très difficile de prédire une pandémie. On peut rester à l'affût des pandémies potentielles en surveillant le type de grippe qui affecte les oiseaux (grippe aviaire) et les porcs (grippe porcine), mais il est difficile de prédire si le virus infectera les humains. Les gouvernements s'efforcent d'élaborer des programmes d'intervention rapide en cas de pandémie. L'OMS a préparé son Plan mondial de préparation à une pandémie de grippe afin de guider les nations dans l'élaboration de leurs propres plans de préparation et d'encourager la coordination et la transparence à l'échelle internationale. Au Canada, le Plan canadien de lutte contre la pandémie d'influenza, élaboré grâce à la collaboration des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, décrit les mesures que le Canada compte prendre pour se préparer à faire face à une pandémie de grippe.

 

Liens utiles

Public Health Agency of Canada (PHAC) - Understanding Influenza
www.phac-aspc.gc.ca/influenza/influenza-undrstnd_e.html

Public Health Agency of Canada (PHAC) - Vaccine Safety
http://www.phac-aspc.gc.ca/im/vs-sv/caefiss_e.html

Public Health Agency of Canada (PHAC) - Fluwatch
http://www.phac-aspc.gc.ca/fluwatch/index-eng.php

World Health Organization - Pandemic Influenza http://www.who.int/csr/disease/influenza/pandemic/en/index.html

The Center for Disease Control and Prevention (CDC)
http://www.cdc.gov/flu/

Influenza virus genome project
http://gsc.jcvi.org/projects/msc/influenza/

U.S. Food and Drug Administration (FDA) – Influenza virus vaccine
http://www.fda.gov/cber/flu/flu.htm
                 
Influenza pandemic of 1918
http://virus.stanford.edu/uda/

International Federation of Pharmaceutical Manufacturers and Associations
http://www.ifpma.org/Influenza/index.aspx
                 
IVDB Influenza Virus Database, Beijing Institute of Genomics
http://influenza.big.ac.cn/

 

Lectures complémentaires

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Brown, E.G. (2000) Influenza virus genetics. Biomedicine and Pharmacotherapy, 54:196-209.

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Glezen W., Couch, R. Influenza viruses. In Evans A.S., Ed, Viral Infections in humans. New York: Plenum Medical Book Company, 1989:419-449.

Glezen WP. Containing the Novel Influenza A (H1N1) Virus. Clin Infect Dis. 2010 Feb 5. Ahead of print.

Hayden G. (2006) Antivirals for influenza: Historical perspectives and lessons learned. Antiviral Research, 71:372-378.

Heininger, U. (2003) An update on the prevention of influenza in children and adolescents.  European Journal of Pediatrics, 162:828-836.

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Prosser, L., Boxton Bridges, L., Uyki, T., Hinrichsen, V., Meltser,M, Molinari, N-A, Schwartz, B., Thompson, W., Fukuda, K., and Lieu, T. (2006) Health benefits, risks, and cost effectiveness of influenza vaccination of children. Emerging Infectious diseases 12(10):1548-1558.

Van der Wouden, J.C., Bueving, H.J. and Poole, P. (2005) Preventing influenza: An overview of pandemic reviews.  Respiratory medicine, 99:1341-1349.

 

Collaborateurs : Jennifer Eyvindson; Fan Mo

Dernière mise à jour :  le 2 juin 2010

 

 


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