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Environnement et milieu de travail
– Risques de cancer de la peau liés à l'exposition aux rayons ultraviolets naturels et artificiels

Contexte

Les rayons ultraviolets (UV) solaires qui atteignent la surface de la Terre se composent d'UVA dans une proportion d'environ 90 % à 95 % et d'UVB dans une proportion d'environ 5 % à 10 %. Les sources artificielles d'UV telles que les lits de bronzage, qui émettent des proportions variables d'UVA et d'UVB, contribuent elles aussi à l'exposition humaine. Le développement du cancer de la peau a été fortement associé à l'exposition aux UV, principalement les UVA et UVB émis par le soleil. Cependant, les sources artificielles d'UV telles que les lits de bronzage contribuent elles aussi à l'exposition humaine. Le cancer de la peau est plus fréquent chez les personnes à la peau claire, mais n'importe qui peut le développer. Le cancer de la peau est étroitement lié à l'exposition aux UV et donc largement évitable. On peut réduire le risque de cancer de la peau en limitant son exposition au soleil et aux UV artificiels émis par les lits de bronzage.

Risques pour la santé

Il y a deux grandes catégories de cancer de la peau : le cancer non mélanocytaire et le mélanome malin. Dans la première catégorie, les deux types de cancer les plus courants sont le carcinome basocellulaire et le carcinome spinocellulaire. Le carcinome basocellulaire est une tumeur maligne des cellules épidermiques basales, la couche superficielle de la peau, qui représente environ 75 % des cancers de la peau chez les personnes de plus de 40 ans, surtout si elles ont la peau claire. Comme le carcinome basocellulaire est directement associé à l'exposition aux UV, plus de 80 % des lésions se trouvent sur le visage, le cou et les bras. Ce type de cancer n'est pas associé à des taux élevés de métastase et de mortalité, mais il est quand même considéré comme malin parce qu'il peut détruire la peau et les tissus et défigurer le patient. Il nécessite habituellement une intervention chirurgicale et, dans certains cas, des procédures de reconstruction de même qu'un suivi à vie.

Le carcinome spinocellulaire est un cancer de la peau affectant les cellules épidermiques appelées kératinocytes. Comme le carcinome basocellulaire, il apparaît principalement dans les parties du corps qui ont été exposées à des UV, surtout chez les personnes à la peau claire. Le carcinome spinocellulaire est plus agressif que le carcinome basocellulaire, car les métastases sont plus fréquentes et la progression, plus rapide. Le traitement comprend des interventions chirurgicales, de fréquentes procédures de reconstruction et, comme dans le cas du carcinome basocellulaire, un suivi à vie.

Le mélanome malin affecte les cellules productrices de pigment appelées mélanocytes qui donnent à la peau sa couleur. Les personnes qui ont beaucoup de grains de beauté, la peau pâle, les cheveux roux et des antécédents familiaux positifs courent un plus grand risque de mélanome malin. Ce type de cancer est hautement malin et métastatique et le taux de survie après cinq ans est inférieur à 10 % s'il est détecté à un stade tardif. Le mélanome représente seulement 4 % des cancers de la peau mais il cause le plus grand nombre de décès liés au cancer de la peau à l'échelle mondiale. Bien que l'incidence et le taux de mortalité pour la plupart des cancers au Canada soient stables ou à la baisse, les taux de mélanome sont en hausse.

Selon de nombreuses études, le risque de mélanome malin serait lié aux caractéristiques génétiques et personnelles et au comportement de la personne face aux UV. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) résume les facteurs de risque de mélanome comme suit :

  • Un grand nombre de naevus atypiques (grains de beauté) constituent le facteur de risque le plus important de mélanome malin dans les populations à peau claire;
  • Le mélanome malin est plus fréquent chez les gens ayant une peau claire, des yeux bleus et des cheveux roux ou blonds. Des études expérimentales ont mis en évidence une dose minimum plus faible de rayonnement causant un érythème et un érythème durant plus longtemps chez les sujets atteints de mélanome que chez des témoins;
  • Une exposition intermittente élevée aux UV solaires semble être un facteur de risque important de développement d’un mélanome malin;

L’incidence du mélanome malin dans les populations blanches augmente généralement lorsque la latitude diminue, l’incidence la plus élevée étant enregistrée en Australie, où les taux annuels sont 10 et plus de 20 fois plus élevés qu’en Europe chez les femmes et les hommes, respectivement;
Plusieurs études épidémiologiques indiquent une association positive avec des antécédents de coups de soleil, en particulier de coups de soleil pris dans le jeune âge.

Le développement de ces trois types de cancer de la peau est fortement lié à l'exposition aux rayons ultraviolets (UV) provenant principalement du soleil mais aussi de sources artificielles. Dans une mise à jour du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC, 2009), les lits de bronzage émettant des UV ont été reclassés dans la catégorie des sources de rayonnement présentant le plus grand risque de cancer (Groupe 1, « cancérogène pour les humains »). Des études montrent que certains dispositifs de bronzage peuvent émettre des UV de 10 à 15 fois plus intenses que ceux du soleil et qu'ils font augmenter le risque de cancer de la peau.

Bien que l'exposition aux UV puisse poser un risque élevé de cancer de la peau, l'exposition aux UVB est bénéfique et indispensable à la synthèse de vitamine D. La vitamine D est importante pour la santé optimale du squelette et plusieurs études récentes suggèrent qu'elle joue un rôle dans la réduction des décès dus à certains types de cancers, comme le cancer du côlon et de la prostate, ainsi qu'à des affections non cancéreuses comme les maladies cardiovasculaires. Au Canada, on utilise également les UV pour traiter plusieurs maladies, dont le rachitisme, le psoriasis, l'eczéma et l'ictère.

Gestion des risques

Comme le cancer de la peau est largement évitable et qu'entre 60 % et 90 % des cas de mélanome peuvent être attribués à une surexposition au soleil et aux UV artificiels des lits de bronzage, les gens sont de plus en plus conscients de l'importance de se protéger contre les rayons du soleil.
Le principal moyen de prévention étant de réduire la surexposition aux UV, il faudrait notamment :

  • modifier les comportements personnels en encourageant les gens à rester à l'ombre, à porter des vêtements de protection et un chapeau et à limiter leur exposition durant la période où les UV solaires sont les plus forts (entre 10 h et 16 h);
  • éviter les lits de bronzage, qui sont une source additionnelle d'UV;
  • préserver l'ozone atmosphérique;
  • utiliser un écran solaire ayant un facteur de protection solaire (FPS) d'au moins 15 qui protège contre les UVA et les UVB;
    éviter d'utiliser un écran solaire comme premier choix de protection contre le soleil ou de prolonger la durée de l'exposition au soleil;
  • éduquer le public;
  • prévoir des espaces à l'ombre.

L'éducation publique est un volet très important de toute stratégie de prévention primaire. Beaucoup d'initiatives récentes ont pour objectif d'encourager des changements positifs dans les connaissances, la sensibilisation, l'attitude et le comportement des personnes en ce qui concerne l'exposition au soleil. Le gouvernement du Canada et différents organismes canadiens ont mis en place des programmes axés sur la prévention primaire, notamment :

  • le Programme sur l'indice UV (Environnement Canada);
  • le Programme de l'indice UV pour la sensibilisation aux effets du soleil (Environnement Canada et Santé Canada);
  • le programme Vivre sous le soleil (Société canadienne du cancer);
  • le Programme de prudence au soleil (Association canadienne de dermatologie).

Malheureusement, les efforts de sensibilisation au risque associé à l'utilisation des lits de bronzage n'a pas connu tout le succès espéré. Bien que l'industrie du bronzage soutienne que le bronzage sous des lampes artificielles est une solution de rechange sécuritaire aux bains de soleil et une façon plus efficace de bronzer, certaines études ont démontré que les UV émis par les lits de bronzage contribuent au vieillissement de la peau en plus d'accroître le risque de cancer de la peau. Un formulaire de consentement détaillant tous les risques associés à l'utilisation des lits de bronzage devrait être remis à tous les clients des salons de bronzage, pour les aider à prendre une décision éclairée. Les exploitants de salons de bronzage devraient recevoir une formation sur l'utilisation appropriée de l'équipement et le personnel devrait être en mesure de déterminer la capacité de bronzage des clients (en tenant compte, par exemple, des antécédents de coups de soleil, d'infections ou d'autres affections de la peau) et de mettre les personnes à la peau sensible en garde contre le bronzage. Le document « Lignes directrices pour les propriétaires, les opérateurs et les usagers de salon de bronzage » publié par Santé Canada en collaboration avec le Comité de radioprotection fédéral-provincial-territorial contient des lignes directrices volontaires et de l'information sur l'utilisation des appareils de bronzage artificiel à l'intention des exploitants de salons de bronzage.

Les personnes qui décident d'utiliser des appareils de bronzage doivent prendre les précautions nécessaires. Les clients des salons de bronzage doivent porter des lunettes de protection tout au long de la séance de bronzage, les exploitants doivent se conformer à certaines normes de sécurité, et les personnes de moins de 18 ans ne devraient jamais utiliser un appareil de bronzage. Au Canada, les lignes directrices publiées par Santé Canada en 2005 reconnaissaient les risques associés à l'exposition à des UV artificiels et stipulaient que les jeunes de moins de 16 ans ne devraient jamais utiliser un appareil de bronzage. La province de l'Ontario, par l'entremise de la Société canadienne du cancer et d'Action Cancer Ontario, a élaboré le Plan d'action du document Le cancer 2020 afin de réduire l'incidence de cancer en Ontario. Un de ses objectifs est de réduire de 75 % le nombre de jeunes adultes qui fréquentent les salons de bronzage. Un autre objectif est d'élaborer une loi provinciale qui limitera l'utilisation des appareils de bronzage par les jeunes de moins de 18 ans, conformément à la recommandation formulée par l'OMS en 2003.

 

Liens utiles

Canadian Cancer Society – Sun and UV
http://www.cancer.ca/Canada-wide/Prevention/Use%20SunSense.aspx?sc_lang=en

Canadian Cancer Society – What is melanoma?
http://www.cancer.ca/Canada-wide/About%20cancer/Types%20of%20cancer/What%20is%20melanoma.aspx

Canadian Cancer Society and Cancer Care Ontario-Cancer – Report on Cancer 2020 
http://www.cancercare.on.ca/common/pages/userfile.aspx?fileId=13824

International Agency for Research on Cancer (IARC) – Exposure to artificial UVR
Http://www.iarc.fr/en/publications/pdfs-online/wrk/wrk1/index.php

Health Canada – Skin cancer
http://www.hc-sc.gc.ca/hl-vs/sun-sol/expos/skin-cancer-peau-eng.php

NIH - National Toxicology Program - 11th Report on Carcinogens http://ntp.niehs.nih.gov/index.cfm?objectid=32BA9724-F1F6-975E-7FCE50709CB4C932

Public Health Agency of Canada (PHAC) – Melanoma skin cancer
http://www.phac-aspc.gc.ca/cd-mc/cancer/melanoma_skin_cancer-cancer_peau_melanome-eng.php

Public Health Agency of Canada - Melanoma Skin Cancer Facts and Figures
http://www.phac-aspc.gc.ca/cd-mc/cancer/melanoma_skin_cancer_figures-cancer_peau_melanome_figures-eng.php

World Health Organization – Ultraviolet Radiation and Human Health
http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs305/en/index.html

World Health Organization – Global burden of disease from solar UVR
http://www.who.int/uv/publications/solaradgbd/en/index.html

World Health Organization - How to enjoy the sun safely
http://www.who.int/uv/publications/solaruvflyer2006.pdf

 

Lectures complémentaires

Armstrong B, Kricker A: “How much melanoma is caused by sun exposure? Melanoma Res 1993; 3:395-401
Cesarini J. The French regulations for ultraviolet radiation sunbeds. Radiat Prot Dosimetry 2000 September 2, 2000; 91(1-3).

Diffey BL. A quantitative estimate of melanoma mortality from ultraviolet A sunbed use in the U.K. Br J Dermatol; 149(3):578-81.

El Ghissassi, Fatiha, Robert Baan, Kurt Straif, Yann Grosse, Béatrice Secretan, Véronique Bouvard, Lamia Benbrahim-Tallaa, Neela Guha, Crystal Freeman, Laurent Galichet, Vincent Cogliano and on behalf of the WHO International Agency for Research on Cancer Monograph Working Group. 2009. A review of human carcinogens—Part D: radiation Lancet Oncology. 10(8):751-752.

Hirst N, Gordon L, Gies P, Gree AC. Estimation of avoidable skin cancers and cost savings to government associated with regulation of the solarium industry in Australia. Health Policy 2009 3; 89(3):303-11.

International Agency for Research on Cancer Working Group on artificial ultraviolet (UV) light and skin cancer. The association of use of sunbeds with cutaneous malignant melanoma and other skin cancers: A systematic review. Int J Cancer 2007 Mar 1; 120(5):1116-22

Isselbacher KJ, Braunwald E, Wilson JD, Martin JB, Fauci AS, Kasper DL. Harrison’s principles of internal medicine, 13th edition. Shock 1996; 5(1).

Koh HK: Cutaneous melanoma. N. Engl. J. Med 325 (3): 171-82, 1991

Levine JA, Sorace M, Spencer J, Siegel DM. The indoor UV tanning industry: A review of skin cancer risk, health benefit claims and regulation. J Am Acad Dermatol 2005 12’53 (6):1038-44.

Ricotti C, Bouzari N, Agadi A, Cockerell CJ. Malignant skin neoplasms. Med Clin North Am 2009 11; 93(6):1241-64.

Roberts DJ, Hornung CA, Polk HC, Jr. Another duel in the sun: Weighing the balances between sun protection, tanning beds, and malignant melanoma. Clin Pediatry (Phila) 2009 Jul; 48(6):614-22.

Schulman JM, Fisher DR. Indoor ultraviolet tanning and skin cancer: Health risks and opportunies. Curr Opin Oncol 2009 March; 21(2): 144-9.

Thanh-Nga T Tran, Joshua Schulman, David E Fisher. UV and pigmentation: Molecular mechanisms and social controversies. Pigment Cell & Melanoma Research 2008; 21 (5).

The international Commission on NonIonizing Radiation, Protection. Health Issues of Ultraviolet Tanning Appliances Used for Cosmetic Purposes. Health Phys 2003 January;84(1): 119-27.

 

Collaborateurs : Natalia Kuzmenki; Ferreyra G Mariella; Maxine Croteau

Dernière mise à jour :  le 2 juin, 2010

 

 


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