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Enjeux biologiques et génétiques
– Effet indésirable des médicaments

Contexte

Tous les médicaments dont la vente est autorisée au Canada ont fait l’objet de recherches approfondies afin de vérifier leur innocuité, leur efficacité et leur qualité. Les organes de réglementation examinent les données avant de permettre la vente d’un médicament. Or, certains problèmes de sécurité importants sont rares et pourraient ne pas être détectés pendant la recherche. On doit mettre en place un système de surveillance spontanée après la mise en marché pour répertorier tous les effets indésirables d’un médicament après son homologation. Dans la plupart des pays, le suivi des effets indésirables des médicaments se fait au moyen d’un programme de pharmacovigilance. On entend par pharmacovigilance les activités associées à la détection, à l’évaluation, à la compréhension et à la prévention des effets indésirables. Le principal objectif de la déclaration des effets indésirables est de repérer les problèmes éventuels de sécurité associés à un produit pharmaceutique.

Signalement des effets indésirables des médicaments

L’information sur les effets indésirables éventuels est fournie principalement au moyen d’un système de déclaration spontanée par lequel les patients et les médecins soumettent aux organes de réglementation des rapports d’innocuité sur les cas individuels. Les titulaires d’une autorisation de mise sur le marché ou les fabricants sont chargés de surveiller l’innocuité de leurs produits et sont tenus de déclarer les effets indésirables. Par ailleurs, les professionnels de la santé et les consommateurs peuvent signaler volontairement les réactions indésirables suspectées. Toutefois, ces rapports ne constituent qu’une présomption d’effet indésirable. Ces rapports sont passés en revue par des organismes nationaux et étrangers pour déceler les tendances et les effets indésirables fréquemment signalés.

La Direction des produits de santé commercialisés de Santé Canada est responsable du Programme canadien de surveillance des effets indésirables des médicaments. En 2006, 10 518 réactions indésirables ont été signalées, dont les deux tiers ont été déclarés par les fabricants. Au Canada, 51 % des médicaments homologués présentent des effets secondaires graves qui n’ont pas été détectés avant l’autorisation de mise en marché. Aux États-Unis, les Adverse Events Reporting Systems (systèmes de déclaration des événements indésirables) ont permis de recueillir 422 889 signalements en 2004, dont 90 000 étaient des événements graves. Au Royaume-Uni, 23 250 déclarations d’effets indésirables ont été soumises en 2005-2006 et ont mené à 350 enquêtes approfondies.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est responsable de la base de données internationale des effets indésirables (appelée Vigibase). Cette base de données renferme 4 millions de rapports d’innocuité sur les cas individuels soumis par 82 pays depuis 1968, y compris ceux du Programme Canada Vigilance (170 000 rapports d’effets indésirables). Parmi les réactions indésirables les plus fréquemment déclarées partout dans le monde, citons les nausées, les éruptions cutanées, les maux de tête et les étourdissements. Les catégories de médicaments pour lesquels des effets indésirables sont le plus souvent déclarés sont les hormones sexuelles, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les médicaments pour l’homéostasie calcique et les psychoanaleptiques.

Risques pour la santé humaine

Malgré tous les efforts déployés au cours du processus de mise au point des médicaments, des effets indésirables se manifesteront toujours. Si les médicaments sont administrés correctement, les effets indésirables sont essentiellement de deux types :
Les événements de type A se produisent si l’efficacité du médicament est trop grande ou si la dose du médicament administrée est trop grande. À titre d’exemple, citons la tendance aux ecchymoses chez les patients qui prennent des anticoagulants. Les événements de type A sont généralement courants, prévisibles, liés à la dose et rarement mortels.

Les événements de type B sont souvent appelés réaction indésirable idiosyncratique en raison de leur caractère imprévisible. À titre d’exemple, mentionnons une réaction allergique à la pénicilline. Ces effets indésirables sont des manifestations anormales de la pharmacologie et de la toxicologie des médicaments. De plus, ils sont rarement liés à la dose et sont plus susceptibles d’être graves. Heureusement, ils sont également rares.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi les effets indésirables ne sont pas détectés au cours de la mise au point des médicaments. Tout d’abord, ces effets sont habituellement rares. Lorsque le médicament est mis en marché, il sera notamment administré à des personnes qui sont aux prises avec de multiples problèmes de santé, qui prennent d’autres médicaments ou qui consomment des substances à usage récréatif comme de l’alcool. Ensuite, les effets indésirables peuvent survenir si le médicament est pris pour une raison qui ne figure pas sur l’étiquette (une utilisation qui n’est pas officiellement approuvée). Enfin, certains segments de la population ne font pas l’objet de tests suffisants lors des essais cliniques; les femmes, les enfants et les personnes âgées sont souvent exclus des études. Par ailleurs, bien que le pays soit de plus en plus multiculturel, nombre de groupes ethniques ne sont pas inclus. Selon les normes éthiques actuelles, les études doivent intégrer ces individus. On s’efforce d’inclure les femmes de façon plus systématique dans les essais cliniques, bien que les risques de grossesse demeurent une préoccupation. Les personnes âgées, les enfants en bas âge et les groupes ethniques ne font pas suffisamment partie des essais, en dépit des différences métaboliques qui pourraient entraîner une réaction différente aux médicaments.

Gestion des risques

Toutes les substances biologiquement actives sont susceptibles d’entraîner des effets indésirables. La gestion des risques doit commencer par un processus méticuleux de mise au point des médicaments puis se poursuivre par une utilisation responsable des médicaments une fois qu’ils sont mis en marché. Même si les médicaments sont en vente librement sur le marché, les professionnels de la santé et les chercheurs doivent être constamment à l’affût des effets indésirables. On devra faire preuve d’imagination et de créativité pour concevoir des études qui évalueront les risques et les bienfaits d’un médicament dans un contexte réel, et ce, de la façon la plus fiable et rapide possible.

La gestion des risques fait partie intégrante de tout le processus de mise au point des médicaments. La mise au point d’un médicament commence avec une idée. Ensuite, dans le laboratoire, l’idée se transforme en un composé qui aura le potentiel pharmacologique de devenir un médicament utile. On vérifie initialement l’innocuité en laboratoire au moyen de tests in vitro et d’études expérimentales sur animal. Lorsque les tests sont concluants, une présentation de nouveau médicament de recherche est soumise à Santé Canada. Dans la présentation, on doit prouver qu’il est maintenant raisonnable de commencer à tester le nouveau médicament sur les humains. Si la présentation est acceptée, l’étude sur les humains peut commencer. L’étude se déroule en trois étapes (phase I, II, et III essais cliniques) qui comprennent des groupes de plus en plus vastes et diversifiés. Pour plus de renseignements sur les essais cliniques, se reporter au site suivant.

Le fabricant est maintenant prêt à soumettre une présentation de drogue nouvelle à Santé Canada afin d’obtenir l’autorisation de vendre le produit sur le marché libre. Si l’organe de réglementation juge après un examen approfondi que le médicament respecte toutes les exigences en matière d’innocuité, d’efficacité et de qualité, un avis de conformité sera émis et le médicament pourra être mis en marché. Des conditions sont parfois imposées; le fabricant doit alors consentir à effectuer d’autres études après la mise en marché.

Afin de pouvoir détecter les effets indésirables et de protéger la santé publique une fois que les médicaments sont offerts à la population, les organismes de réglementation, comme Santé Canada, ont mis en œuvre des programmes de déclaration spontanée. Les déclarations peuvent être présentées de diverses façons, dont par le formulaire de signalement des effets indésirables, aux bureaux régionaux et nationaux de Santé Canada, par télécopieur, par courrier, en ligne ou par les services téléphoniques sans frais. En 2009, le gouvernement du Canada a annoncé l’allocation d’un financement au Réseau sur l’innocuité et l’efficacité des médicaments des Instituts de recherche en santé du Canada afin de promouvoir les activités de pharmacovigilance au Canada.

 

Liens utiles

Canadian Agency for Drugs and Technologies in Health (CADTH) http://www.cadth.ca/index.php/en/home

Canadian Institute for Health Information (CIHI) http://secure.cihi.ca/cihiweb/dispPage.jsp?cw_page=home_e

Canadian Patient Safety Institute (CPSI) http://www.patientsafetyinstitute.ca/English/Pages/default.aspx

Health Canada - Therapeutic Products Directorate (TPD).  Canadian federal authority that regulates pharmaceutical drugs and medical devices for human use. http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/branch-dirgen/hpfb-dgpsa/tpd-dpt/index-eng.php

Health Canada (2007).  Blueprint for Renewal II: Modernizing Canada's Regulatory System for Health Products and Food http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/alt_formats/hpfb-dgpsa/pdf/hpfb-dgpsa/blueprint-plan_ll_e.pdf

Health Canada (2007). Canadian adverse reaction newsletter. http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/alt_formats/hpfb-dgpsa/pdf/medeff/carn-bcei_v17n2_e.pdf

Health Canada. Drugs and Health Products. MedEffect Canada website. http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/medeff/index-eng.php

Institute of Medicine, Board on Population Health and Public Health Practice (2007). The future of drug safety: promoting and protecting the health of the public. http://www.nap.edu/catalog.php?record_id=11750

International Society of Pharmacovigilance. http://www.isoponline.org/

McLaughlin Centre for Population Health Risk Assessment (2007).Workshop proceedings on pharmacovigilance. http://www.mclaughlincentre.ca/events/Pharmaco/FinalReport_PharmacovigilianceWorkshop_UofOJan2007.pdf

Medicines and Healthcare products Regulatory Agency (2006). MHRA Business Plan for 2006-07. http://www.mhra.gov.uk/home/idcplg?IdcService=GET_FILE&dDocName=CON2024163&RevisionSelectionMethod=LatestReleased

The International Conference on Harmonisation of Technical Requirements for Registration of Pharmaceuticals for Human Use (ICH). http://www.ich.org/cache/compo/276-254-1.html

Uppsala Monitoring Centre (UMC). WHO Collaborating Centre for International Drug Monitoring. http://www.who-umc.org/

 

Lectures complémentaires

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Hauben, M., Madigan, D., Gerrits, C.M., et al. 2005. The role of data mining in pharmacovigilance. Drug saf.  4(5): 929 – 948.

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Cobert BL, Biron P.  Pharmacovigilance from A to Z. Adverse drug event surveillance. Oxford, England: Blackwell Science, 2002.

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Collaborateurs : Daniel Bedard

Dernière mise à jour :  le 2 juin 2010

 

 


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